Le développement local et la mise en compétition des territoires

A l’heure où l’économie de maints pays développés est en crise, les entités administratives infranationales se livrent une compétition d’un genre singulier : Les affrontements purement politiques s’estompent (mais pas toujours) au profit d’affrontements territoriaux. Cette expression cherche à rendre compte des stratégies mises en place sur, par et pour les territoires afin d’y attirer classes créatives[1] et porteurs de capitaux. De véritables opérations de séduction sont ainsi mises en œuvre pour les attirer. Certes, les capitaux sont volatils, mais leurs porteurs sont déjà, intrinsèquement, par leur pouvoir d’achat, une aubaine pour les territoires.

Dès lors, il s’agit de savoir comment capter ces richesses humaines. Les acteurs politiques, et éventuellement économiques, des territoires doivent se demander comment les rendre plus attractifs, mais également plus visibles. La réponse débouche sur l’élaboration de stratégies de développement local, dont il convient ici de présenter la méthode[2].

Ma méthode de développement territorial

Un préalable : le diagnostic territorial

Avant de mettre en œuvre un projet de développement local, il est nécessaire d’établir un diagnostic du territoire que l’on souhaite dynamiser. A cette fin, deux types d’analyse doivent être effectuées. L’une est quantitative, de nature statistique ; elle permet d’évaluer les ressources en facilitant une approche comparative. L’autre est qualitative, de nature géopolitique ; elle permet de comprendre les rapports de forces des protagonistes du territoire et les raisons des freins, potentiels ou avérés, aux projets qui y sont menés.

Petite digression sur la méthode géopolitique

La géopolitique est, à elle seule, une méthode d’analyse qui porte sur des acteurs. Ceux-ci ont des idées, des doctrines, voire des idéologies. Ils les projettent sur les espaces dans lesquels ils évoluent. L’espace, ainsi approprié, devient un territoire. Mais l’espace reste également un support, un théâtre, sur lequel les acteurs entrent en rivalité. Les conflits s’expliquent par la divergence des représentations et des intérêts des acteurs. Pour garder ou acquérir le contrôle d’un territoire, les acteurs emploient différents moyens et déploient des stratégies (pas toujours rationnelles), issues de représentations parfois erronées de la situation.

La mise en œuvre de la méthode géopolitique

1-      Le territoire

Dans le cadre d’un diagnostic territorial, la zone d’étude est plus étendue que le territoire que l’on souhaite développer. Envisagé sous l’angle géopolitique, l’analyse du territoire cherche à identifier les entités qui cherchent à freiner ou empêcher le projet d’aboutir. Il peut s’agir d’entités administratives d’un échelon supérieur ou inférieur à la zone que l’on cherche à développer. Notons qu’ici, le terme entité est une métonymie qui renvoie en fait aux acteurs qui les dirigent. Par ailleurs, il faut prendre en compte les interactions que le territoire à développer entretient avec les espaces adjacents et, si besoin, plus éloignés. Il est nécessaire d’étudier les  flux migratoires pendulaires ainsi que le volume et la nature des importations et des exportations. Tout cela permet de déterminer le degré de dépendance ou d’indépendance du territoire. Ce faisant, il est déjà possible de savoir quels sont les principaux axes de développement : création ou renforcement de réseaux de transports et, éventuellement, amélioration du parc immobilier, consolidation des secteurs phares de l’économie locale, palliation des carences. Concernant le territoire à développer à proprement parler, il est défini par les acteurs politiques qui en ont la charge ou qui y ont des intérêts. De manière optimale, il devrait correspondre à un bassin de vie, c’est-à-dire un espace sur lequel s’effectue la majorité des activités de la population de la région étudiée. Toutefois, certains projets de développement s’envisagent nécessairement à une échelle qui dépasse le cadre du bassin de vie. C’est le cas, par exemple, des grandes infrastructures de transport (autoroutes, LGV, aéroports, etc.). D’autres projets de développement peuvent ne concerner qu’un seul quartier. Autrement dit, l’échelle à laquelle il faut étudier le projet de développement dépend de la nature même du projet.

2-      Les acteurs

Chaque territoire possède ses propres acteurs. La priorité doit être donnée aux élus qui initient le projet, à leurs représentations et à leurs motivations. Bien évidemment, il faut également chercher à comprendre les intérêts des autres élus (quel(s) que soi(en)t leur(s) mandat(s)) et des chefs d’entreprises. Afin de comprendre le territoire, il est possible d’interroger des acteurs qui ont une connaissance particulière du territoire. On pense ici aux directeurs des agences d’urbanisme, aux présidents des CCI. D’autres acteurs ne doivent pas être oubliés, en raison de leur implication dans la vie économique, sociale et politique locale. On pense notamment aux directeurs des services des intercommunalités, aux présidents d’unions patronales, aux responsables d’associations, aux médias locaux, aux présidents d’universités ou de grandes écoles, etc. Tous sont susceptibles d’aider à la compréhension du territoire. Bénéficier d’un regard pluriel donne la possibilité de cerner les stratégies de chacun des acteurs et les contradictions qui en découlent.

L’analyse statistique

L’analyse statistique favorise la compréhension du territoire et de ses besoins, présents et futurs. Plusieurs indicateurs doivent être mobilisés pour cerner toutes les facettes du territoire. L’analyse des prix à la vente et à la location, par types de logements, offre un regard sur les besoins de créer ou de détruire des immeubles ou des ilots d’habitations. L’étude de la structure démographique et des revenus des familles permet de préciser la nature des logements à créer et les besoins en termes d’accès à la culture. Un article ultérieur sera dédié à l’utilisation des agrégats statistiques pour cerner les besoins des territoires.

Le développement territorial : quelques pistes de réflexion

1-      Activités et aménités

L’idée qui sous-tend un projet de développement est qu’il est nécessaire de proposer des activités aux populations que l’on souhaite attirer (ou conserver). A ce titre, certains territoires, étendus, populeux et aux fonctions urbaines très nombreuses, bénéficient de ce que Ludovic Halbert, chercheur au CNRS, a appelé l’avantage métropolitain. L’avantage métropolitain réside dans la capacité des métropoles à mobiliser des ressources à distance. Pour ce faire, elles profitent de leur forte connectivité, de leur population cosmopolite, et de la présence d’acteurs économiques qui sont dans l’obligation d’aller chercher des ressources hors de la métropole. Les territoires qui ne disposent pas de l’avantage métropolitain cherchent néanmoins à peser à un niveau plus élevé que celui auquel ils semblent naturellement destinés. Pour ce faire, ils s’appuient, en France, sur les différentes formes d’intercommunalité. Les villes moyennes, par exemple, qui ont un poids conséquent à l’échelle régionale, peuvent se donner une envergure nationale, voire internationale. Toutefois, les territoires qui bénéficient de l’avantage métropolitain doivent faire face à ses pendants : densité de population très élevée, cherté de la vie, pollution, bruit, etc. Au contraire, les petits territoires, qui ne disposent pas de l’avantage métropolitain, peuvent jouer sur les aménités qu’ils proposent : nature à portée de main, beauté des paysages et des panoramas, absence de pollution sonore, visuelle ou lumineuse, etc. Aussi, tout projet de développement devrait chercher à concilier création d’activités (ou de supports aux activités) et préservation des aménités.

2-      La création d’évènements et de sites remarquables

Pour drainer une population étrangère au territoire, la création et le renouvellement d’évènements sont incontournables. On peut distinguer deux (voire trois) types d’évènements. Il y a tout d’abord les évènements ponctuels, comme l’accueil d’un championnat du monde d’échecs ou de tir à l’arc dans le domaine sportif. Ensuite, viennent les évènements réguliers, qui sont organisés généralement tous les ans ou tous les deux ans. C’est le cas de grands festivals musicaux (Vieilles Charrues à Carhaix, Eurockéennes à Belfort, etc.), de festivals culturels (Festival International de Géographie à Saint-Dié-des-Vosges ou Rendez-Vous de l’Histoire à Blois) ou artistiques (Biennale d’arts contemporains à Lyon, opération Estuaire entre Nantes et Saint-Nazaire, ou encore Festival de la Bande Dessinée à Angoulême). Pour ces deux premiers types d’évènements, il serait intéressant de proposer aux visiteurs une option gratuite ou abordable (1 à 2€ supplémentaires), qui leur offrirait l’accès à un lieu touristique de la ville la veille ou le lendemain de l’évènement. De cette manière, les visiteurs sont incités à rester une nuit supplémentaire, ce qui leur permet de mieux découvrir la ville. Enfin, viennent ce que l’on pourrait appeler les évènements perpétuels qui, en raison de leur longévité, perdent leur caractère temporel pour s’inscrire durablement dans l’espace et devenir des sites remarquables. On pense aux musées dont une partie des expositions est permanente, mais qui voient également se succéder des expositions temporaires. On peut également évoquer les parcs à thème comme le Futuroscope dans la banlieue de Poitiers, ou le Puy du Fou, situé dans la petite commune des Epesses, à quelques kilomètres de Cholet.

3-      Concertation et mise en synergie des acteurs

Du fait d’une pensée jacobine centralisatrice, les projets de développement territorial (ou d’aménagement) ont longtemps suivi une logique de type top-down. Autrement dit, l’Etat initiait et mettait en œuvre les projets. Désormais, cette logique nous semble archaïque, surtout lorsqu’elle s’applique à grande échelle, c’est-à-dire sur un petit territoire. Les citoyens commencent à prendre conscience que la démocratie ne se joue pas seulement dans les urnes. S’ils sont peu nombreux dans les conseils de quartiers, ils ont néanmoins des idées et sont souvent enclins à faire des critiques. Aussi, deux types de registres devraient être mis à disposition dans les mairies (et sur leur site internet). On imagine, d’une part, de nouveaux cahiers de doléances, qui permettraient aux citoyens de partager leurs griefs et, d’autre part, des carnets d’idées, où seraient exprimées des suggestions dans tous les domaines de la vie de la collectivité. Certes, pour les intercommunalités, des Conseils de Développement ont été institués par la loi d’Orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire du 25 juin 1999 (LOADT, dite loi Voynet), mais ils ne sont pas suffisants. Il s’agit d’organes consultatifs constitués de représentants d’entreprises, d’organismes publics, de la vie associative, de « personnes qualifiées » et, parfois, de citoyens volontaires. On peut espérer que l’élection de délégués intercommunaux, instituée par la loi de réforme des collectivités territoriales de 2010[3] et mise en œuvre pour la première fois à l’occasion des élections municipales de 2014, permettra de créer un relais entre les citoyens et leur bassin de vie.

En attendant la mise en place d’une réelle démocratie locale, certains acteurs du territoire apparaissent comme des acteurs ressources. Ce sont eux qu’il faut mettre en synergie pour que les projets prennent leur essor. Il s’agit bien évidemment des élus, qui portent les projets, des chefs d’entreprises, des chambres d’activités (CCI, Chambres d’Agriculture, Chambre des Métiers et de l’Artisanat) et des agences de développement (régionales, départementales ou locales). Pourtant, ils ne sont pas les seuls à détenir des informations utiles aux projets ou à être capables de le porter. Ainsi, il ne faut pas négliger les agences immobilières. Elles n’ont pas forcément conscience qu’elles ne vendent pas seulement un bien immobilier mais également un cadre de vie. Pourtant, les agents immobiliers ont une connaissance empirique du territoire, de ses atouts et de ses faiblesses. Aussi, il peut être utile de les consulter. De la même manière, les agents de la fonction publique territoriale ont-ils toujours voix au chapitre lorsqu’un projet est envisagé ? Conscients du territoire dont ils ont la charge, ne sont-ils pas les plus à même de proposer des amendements aux projets pour les rendre meilleurs ?

Depuis quelques années, les collectivités territoriales voient leurs ressources diminuer et se concentrent désormais sur les missions qu’elles jugent prioritaires (transports en commun, par exemple). De notre point de vue, les intercommunalités doivent adopter une politique de développement économique et territorial contracyclique. En effet, en période de crise, il est difficile d’obtenir un développement endogène et il est préférable de démarcher les porteurs de capitaux étrangers en mettant en valeur les savoir-faire et les compétences techniques de la population locale. A moyen ou long terme, cette démarche proactive devrait être, si elle est bien menée, plus que rentabilisée.


[1] L’expression « classe créative » a été imaginée par Richard Florida, un géographe américain. Selon cet auteur, cette classe créative s’épanouirait dans des agglomérations marquées par les 3T à savoir le Talent, la Tolérance et la Technologie.

[2] Plutôt que LA méthode, nous allons présenter la méthode que j’ai théorisée et qui me semble opératoire, même si je ne l’ai pas encore mise en œuvre.

[3] LOI n° 2010-1563 du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales.

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Les universités dans l’économie (numérique) de la connaissance

Deux étudiants, avides de savoir(s), mais provenant de deux universités distinctes, ont-ils les mêmes moyens d’accès à la connaissance ? Au delà, de la question de l’inégalité au sein des universités françaises, cet article souhaite montrer que des moyens techniques existent pour faire entrer la France dans une véritable économie de la connaissance qui, in fine, favoriserait l’égalité entre étudiants.

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de rappeler ce qu’est l’économie de la connaissance. Ce concept, qui désigne une nouvelle phase de l’histoire économique, renvoieégalement à une stratégie politique menée par l’UE depuis le conseil européen de Lisbonne de mars 2000. Il s’agissait pour l’UE de devenir d’ici 2010 «l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale, dans le respect de l’environnement»(1). Pour y parvenir, quatre puis trois piliers ont été retenus : la « recherche-développement et innovation« , l’éducation et les technologies de l’information et de la communication.

Les universités sont donc concernées au premier chef par cette politique. Si actuellement leurs présidents se sentent davantage concernés par des questions budgétaires et par la recherche de financements afin d’éviter la faillite(2), le rayonnement et l’attractivité des universités françaises peuvent venir d’une meilleure insertion dans l’économie de la connaissance. Et les technologies numériques sont peut-être l’outil idéal pour y parvenir.

Actuellement, chaque étudiant dispose d’un accès à l’environnement numérique de travail (ENT ou d’un équivalent) proposé par son université. Depuis cet ENT, l’étudiant peut notamment accéder à ses résultats ou à son agenda (lorsqu’il est mis à jour). C’est également depuis cet ENT que les étudiants peuvent accéder à des ressources électroniques (ou ressources en ligne) qui sont gérées par la bibliothèque de l’université. En fonction de leurs moyens et des disciplines considérées comme prioritaires, les universités achètent des licences pour accéder à des bases de données de revues et de magazines. Ainsi, l’Université de Franche-Comté dispose, entre autres, d’un accès à CAIRN, un bouquet de 291 revues francophones en texte intégral en sciences humaines et sociales et d’un accès à ScienceDirect (anglophone), qui permet de consulter environ 2100 périodiques en sciences et techniques. L’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ne propose pas à ses étudiants ScienceDirect, mais elle propose d’autres bases de données anglophones dont ne disposent pas les étudiants de l’Université de Franche-Comté comme SAGE Journals Online (plus de 650 périodiques) ou Taylor and Franis Journals (plus de 1000 périodiques)(3).

Ces accès ne pourraient-ils pas être mutualisés par l’ensemble des universités françaises ? La plupart (sinon la totalité) des universités françaises ont déjà adhéré à la fédération d’identité RENATER qui permet aux étudiants de se connecter à Internet depuis n’importe quel campus universitaire membre de la fédération. Pourquoi ne pas donner, en plus de l’accès à Internet, l’accès à l’intégralité des bases de données proposées par les universités membres de RENATER ? A une époque où les universités sont en difficulté financière, la mutualisation des coûts peut permettre de les réduire tout en élargissant le panel des étudiants ayant accès à ces ressources électroniques. Précisons ici que certaines de ces bases de données sont en libre accès et ne coûtent donc rien aux universités. C’est notamment le cas de Gallica ou de Hyper Articles en Ligne (HAL).

Les universités françaises ont déjà commencé à mutualiser des savoirs en mettant à disposition du grand public des cours ou des conférences sur des sites internet comme http://www.canal-u.tv/, http://www.canalc2.tv/ ou un site plus emblématique http://www.universites-numeriques.fr/. En plus d’être peu connus des étudiants, ces sites ne proposent que peu de contenus au regard du nombre et de la diversité des cours proposés dans les universités françaises. Pourquoi ne pas inciter les universités, à défaut de les obliger, à enregistrer les cours au format audio ou vidéo et à diffuser les supports de cours (powerpoint, bibliographies, etc) ? La mobilité généralisée des étudiants étant impossible car trop coûteuse, cela permettrait – à moindre frais – à des étudiants d’autres universités de découvrir des spécialités dont ils ne bénéficient pas dans leur université. L’objectif étant de donner la possibilité à tous d’accéder au savoir, pourquoi ne pas doter également les associations de types Universités Populaires ou Universités Ouvertes de matériels permettant d’enregistrer les conférences qu’elles proposent ? On pourra objecter que ces universités dites ouvertes nécessitent une adhésion payante et donc, qu’elles n’ont pas intérêt à offrir le même contenu gratuitement. Pourtant un organisme comme l’Institut de Recherche et d’Études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (IREMMO) a fait le choix de diffuser les vidéos des conférences qu’il propose.

On le voit, les universités françaises ont déjà commencé à intégrer le numérique dans leurs stratégies, mais des efforts restent à fournir. On s’autorisera encore quelques suggestions.

Depuis juillet 2011, le site http://www.theses.fr a ouvert et recense les thèses soutenues depuis 2006. A terme, le site souhaite élargir sa bibliographie aux thèses soutenues depuis 1985. Pourtant, l’accès au texte intégral est conditionné par l’autorisation de mise en ligne accordée par le docteur et/ou les ayant-droits de la thèse. Pourquoi ne pas élargir ce site internet aux mémoires de master ? Et pourquoi ne pas permettre, au moins aux étudiants, d’avoir un accès libre à ces documents ? La question se pose avec beaucoup plus d’acuité depuis que certaines formations réclament de leurs étudiants un rendu numérique. Si l’objectif premier consiste à vérifier si l’étudiant n’a pas trop utilisé le « copier / coller » – en passant le texte dans un logiciel anti-plagiat – cette démarche permettrait aussi de mettre en ligne le document.

Actuellement les étudiants qui souhaitent accéder à des documents qui ne sont pas proposés dans la bibliothèque de leur université doivent effectuer une demande de Prêt Entre Bibliothèques (PEB) à leurs frais (certes très modestes), sauf en Ile-de-France, où les étudiants doivent se rendre eux-mêmes dans la bibliothèque qui possède un exemplaire du document qu’ils souhaitent.

A l’heure où le prêt numérique existe, pourquoi ne pas généraliser la numérisation des ouvrages détenus par les bibliothèques ? Cette numérisation faciliterait la recherche si elle était effectuée avec des logiciels de reconnaissance optique de caractères (OCR). En effet, elle permettrait une recherche à l’intérieur même des textes – c’est le cas pour Google Book – alors qu’actuellement la recherche s’effectue à partir des titres, des noms des auteurs et au mieux par mots clés – c’est le cas de Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF. A défaut de numériser tous les ouvrages, une numérisation de leur sommaire, de leur table des matières et de leurs index apparaît comme un minimum.

Par ailleurs, le principal problème de l’ère numérique concerne l’absence de classement, d’organisation, pour ne pas dire de hiérarchie. Ces documents numérisés devraient être classés de la même manière que dans une bibliothèque physique.

L’économie du savoir connaît un autre blocage : celui de la langue, et l’université pourrait le faire sauter. En effet, chaque année des milliers d’étudiants apprennent les langues étrangères. Dans le cadre de leur cursus, ils pourraient être sollicités pour traduire des documents, que ce soit de la langue étrangère vers le français – de manière à permettre à d’autres étudiants et à des enseignants et des chercheurs d’avoir accès à de nouvelles informations – ou du français vers une autre langue – de manière à exporter les connaissances françaises dans le monde. Ces traductions pourraient donner lieu à des bonus pour les étudiants et ce travail valoriserait très certainement leur CV. Le choix des textes à traduire pourrait s’effectuer à partir d’une plateforme où les documents seraient déposés par les enseignants et où les étudiants viendraient piocher.

Enfin, et parce que l’ordinateur et les technologies numériques ne permettent pas de fonder une société, il est nécessaire de favoriser des rencontres entre enseignants, chercheurs et étudiants de mêmes disciplines mais d’universités différentes. Si les géographes ont leur Festival International de Géographie à Saint-Dié-des-Vosges et les historiens les Rendez-Vous de l’Histoire de Blois(4), qu’en est-il des autres disciplines ? Même pour les géographes et les historiens, ces moments d’échanges sont rares et le nombre d’étudiants qui y assistent est bien faible au regard du nombre total d’étudiants dans ces deux disciplines. Il ne faut pourtant pas oublier que si ces rencontres n’existent pas (encore ?), cela peut s’expliquer par des querelles de chapelles et plus encore par des querelles d’égos omniprésentes dans le monde universitaire.

Références :

  1. Citation tirée de : COMMISSION EUROPENNE, 2004, Relever le défi – La stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi, Communautés européennes, Luxembourg, 60 p. multig.

  1. Voir http://www.lemonde.fr/enseignement-superieur/article/2012/07/05/un-quart-des-universites-en-faillite-virtuelle_1729596_1473692.html

  2. Précisons que l’abonnement à ces bases de données ne concerne pas forcément l’ensemble des périodiques, ni même l’ensemble des articles d’un même périodique.

  1. Il est à noter que ces deux festivals participent à l’économie numérique de la connaissance puisqu’ils mettent en ligne des vidéos et/ou des enregistrements audio des communications.

 

 

Drôle de crise

Sujet désormais quotidien dans les médias, la crise actuelle fait parfois l’objet d’interprétations erronées. En effet, les médias confondent souvent crise financière et crise économique même s’il existe une corrélation forte entre les domaines de la finance et de l’économie. Si le premier est synonyme de bourse et est un moyen d’échanger des capitaux sans aucune transaction matérielle, l’économie repose quant à elle sur une production de biens et services réels. Cette distinction faite, on peut se demander si la crise actuelle est financière ou économique.

  • La folle finance

Puisque ces deux secteurs sont très imbriqués, la réponse n’est pas évidente. Toutefois, on peut rappeler que la crise a commencé dès l’été 2006 (1) avec les « hedge funds » (2), dont on oublie souvent qu’ils sont la base même de la « crise des subprimes ». Pour faire simple, les « hedge funds » sont des organismes qui détiennent collectivement des actifs financiers et qui ont pour but de gagner de l’argent dans le court terme grâce à la spéculation sur des valeurs boursières. Les « subprimes » sont des crédits hypothécaires à  taux variables accordés à des clients peu solvables. Ces crédits ont été transformés en actions très bien cotées par les agences de notation et ont été mises en vente sur le marché boursier : c’est ce qu’on appelle la titrisation. Dès lors les « hedges funds » ont spéculé sur ces nouveaux actifs financiers qui se sont éparpillés et qui ont contaminé ceux qui en bénéficiaient lorsque la bulle a éclaté (3). Ce fut le cas de nombreuses banques et de quelques entreprises. Dès lors, la confiance dans le système financier s’est brisée et les banques manquent désormais de liquidités d’où le recours aux banques centrales qui acceptent de leur prêter de l’argent avec un taux d’intérêt faible. Bien entendu, la bulle était si grosse que les milliards injectés n’ont pas suffi et que les différents chefs d’États ont dû mettre en place des plans de relance et promettre de garantir l’épargne des particuliers. Tout le monde peut donc voir que seule la finance est touchée et que l’économie réelle ne semble pas être affectée, pourtant les tendances actuelles montrent le contraire et les chiffres du chômage grimpent en flèche : Pourquoi ?

  • L’effet boule de neige ?

Les banques, qui manquent de liquidités, n’osent donc plus prêter aux entreprises, surtout quand celles-ci ont un faible capital initial. De fait, de nombreuses PME se retrouvent en difficulté et sont parfois condamnées à la faillite (4). Pourtant, les PME ne sont pas les seules à être touchées, et certaines grandes entreprises semblent à première vue connaître la crise. On peut penser à PSA en France ou General Motors aux États-Unis mais, là encore, les médias font des amalgames. En effet, ces entreprises connaissent une crise structurelle – car leur secteur d’activité est saturé et peine à se renouveler – et non une crise conjoncturelle conséquente de la crise financière. D’autres entreprises, dont les secteurs se portent bien (5), débauchent à tour de bras pour faire face à des anticipations qui se révèlent négatives alors même que les années passées leur ont permis de maximiser leur valeur ajoutée, laquelle a été répartie entre dividendes, salaires et investissements. Dès lors, on peut supposer que ces entreprises ont eu la possibilité d’emmagasiner assez de bénéfices pour surmonter quelques années difficiles. Ou peut-être ont-elles été trop promptes à promettre des dividendes très élevés aux actionnaires ? Ce qui semble plus probable.

  • Une crise calculée ?

Cette question sous-entend que la crise avait été prévue et, pourquoi pas, encouragée. Bien entendu, ceci est une hypothèse fort discutable et très peu probable, mais dont il faut toutefois rendre compte. Pourquoi les entreprises auraient-elles intérêt à licencier ? La « mondialisation » a accentué la compétitivité entre les pays et des nouveaux riches menacent les intérêts des anciennes puissances économiques, c’est ce que représente l’intégration de douze nouveaux pays au G8 pour former le G20. Or, les anciennes puissances sont des pays développés dans lesquels les coûts salariaux et la législation du travail sont plus contraignants que chez les pays qui connaissent le phénomène de rattrapage. Aussi, pour ne pas être distancées, les entreprises de ces pays pourraient avoir intérêt à licencier massivement afin de faire pression sur les salaires lors des embauches qui auront lieu lors de la sortie de crise. Le but serait donc de conserver ou même d’attirer des entreprises prometteuses, quitte à réduire le niveau de vie des populations de ces pays pendant quelques années. Évidemment, cette stratégie est critiquable selon plusieurs points de vue. Tout d’abord, si elle était avérée, elle serait immorale ; ensuite, elle est faillible en termes d’économie puisqu’une population sans emploi ne bénéficie d’aucun revenu à l’exception de prestations sociales et ne peut, par conséquent, pas consommer, ce qui, finalement, ralentirait encore davantage l’économie. Cette hypothèse est, je le répète, fort peu probable, mais il ne faut pas oublier que les entreprises n’ont pas les mêmes visées que les États à qui elles demandent de l’aide alors même que leurs capacités productives ne sont pas fondamentalement menacées. Enfin, comment ne pas conclure sur une note ironique ? Désormais, il faut payer pour travailler ; du moins, c’est ce que montre la mise en place de plans de relance financés par les contribuables (et notamment des particuliers). Est-ce là le nouveau crédo du libéralisme ?

(1) Alors que la plupart des médias la font commencer avec la chute de Lehmann Brothers en septembre 2008

(2) http://www.iep.univ-cezanne.fr/media/ACTeilteche-Hedge_Funds-avril_2008.pdf

(3) Évidemment, la crise est plus complexe que ce qui est présenté ici mais de multiples explications ont déjà été données et je ne veux pas m’appesantir sur ce sujet. Si vous souhaitez davantage d’explications, je vous invite à aller sur http://www.babylon.fr/crise_boursiere/ ou bien de lire le livre de Jacques Attali « La crise, et après ? »

(4) Les paiements se faisant souvent à 90 jours, le temps entre livraison et paiement est parfois difficile à gérer pour ce type d’entreprises.

(5) En effet, certaines entreprises licencient alors même qu’elles tirent encore des bénéfices, quoique moins importants que les années passés.

La colonisation appartient-elle au passé ?

A priori, il peut paraître incongru d’émettre l’idée selon laquelle la colonisation serait un phénomène qui se poursuit de nos jours. En effet, la majorité des territoires colonisés au XIXème et XXème siècles ont retrouvé leur indépendance politique avant 1975 (1) mais il ne faut pas oublier que la France possède encore des « résidus » issus de la colonisation : les DROM-COM (2) dont certaines populations indigènes luttent pour obtenir leur indépendance (3). Mais alors, pourquoi conserver ces colonies ? Si l’avantage économique tiré de ces possessions est contesté (4), elles apportent cependant à la France la possibilité d’accroître l’étendue de ses eaux territoriales (5), ce qui est un atout géostratégique majeur puisque cela permet d’augmenter la taille des zones de pêche, d’études scientifiques et surtout de bénéficier d’éventuelles ressources du sous-sol marin.

Toutefois, en ce début de XXIème siècle, les États sont de moins en moins responsables du fait colonial et on a vu apparaître dès la fin du XXème siècle une nouvelle forme de politique impérialiste de la part des anciennes métropoles vis à vis de leurs anciennes colonies : Il s’agit du néocolonialisme.

  • Une spoliation des ressources

Désormais, ce sont les entreprises des pays les plus avancés qui exploitent les ressources des pays en développement qui ont pourtant obtenu leur indépendance juridique, militaire et politique. On peut alors se demander comment se manifeste cet impérialisme économique et si la restitution de leurs ressources à ces pays leur permettrait de connaître un accroissement de leur niveau de vie.

Parmi ces entreprises qui exploitent les ressources africaines ; Areva qui aurait proposé de lutter contre la rébellion touarègue (qui s’oppose au président Tandja) en échange de l’exploitation du gisement d’uranium d’Imouraren (6). La convention d’exploitation signée le 5 janvier 2009 prévoit que la société mixte créée pour exploiter ce gisement sera détenue à 66,5% par Areva et à 33,5% par l’État nigérien. Ce qui veut dire que le Niger ne pourra commercialiser que 33,5% d’un gisement qui se trouve sur son propre sol. On peut signaler que Le Mouvement des Nigériens pour la Justice (un groupe rebelle touareg) avait déjà dénoncé cette répartition pour les autres gisements qu’Areva exploite au Niger et revendique une plus grande part des revenus issus de ces exploitations.

Évidemment, Areva n’est pas la seule grande entreprise française implantée en Afrique. Total est présent en Algérie, Bouygues est présent dans quelques pays africains et le groupe Bolloré est très présent sur l’ensemble de l’Afrique. Il serait nécessaire de croiser les ressources que l’on peut trouver y avec les entreprises étrangères implantées sur le continent (7).

  • Un commerce inégal

Bien entendu, les entreprises ne sont pas les seules « institutions » à participer au néocolonialisme. Tout le monde ou presque sait que les pays du « tiers monde » se sont endettés (8) auprès d’organismes internationaux et financiers ainsi qu’auprès d’autres états afin de financer leur développement. Toutefois le FMI et la Banque Mondiale conditionnent leurs prêts à la mise en place de politiques économiques à caractère libéral (9) qui font la ruine de ces pays. En effet, ceux-ci doivent ouvrir leurs frontières à la production étrangère alors qu’eux mêmes sont soumis au protectionnisme des États qui leur imposent ces politiques. D’une part, les États-Unis et l’Union Européenne (via la PAC) mettent en place des barrières douanières pour éviter que des pays plus compétitifs ne concurrencent leur agriculture sur le marché intérieur (10), d’autres part, ils donnent des subventions à leurs agriculteurs afin que ceux-ci puissent exporter à moindre coût dans les pays en développement, ce qui a pour conséquence de ruiner l’agriculture locale.

Par ailleurs, il existe aussi un néocolonialisme monétaire dans les anciennes colonies françaises qui ont pour monnaie le franc CFA lequel est indexé sur l’euro, ce qui en fait une monnaie surévaluée pour pouvoir exporter dans les autres pays dits du Sud. En outre, dans ces pays, toute décision en terme monétaire est soumise à l’aval de la France, ce qui rend difficile une politique budgétaire cohérente avec les intérêts économiques du pays (11).

  • Des dirigeants conciliants

Enfin, comme l’avaient fait les États-Unis avec l’Argentine (12), la France ou ses entreprises choisissent, dans son « pré carré » africain, les dirigeants qui leur semblent les plus conciliants. Outre le réseau Foccart, qui aurait entre autres fait assassiner Ben Barka en 1965 et soutenu les sécessionnistes pendant la guerre du Biaffra en 1966 – 1967 (13), de nombreux présidents africains auraient été aidés dans leurs coups d’état par les intérêts français (14). C’est par exemple le cas de l’entreprise Elf qui aurait aidé l’arrivée au pouvoir de Paul Biya au Cameroun en 1982, serait partisane d’Omar Bongo au Gabon et aurait financé les guerres civiles au Congo Brazaville de 1997 à 1999.

N’oublions pas que, lorsque la France voit ses intérêts menacés, elle n’hésite pas à envoyer l’armée, comme ce fut le cas au Shaba en 1977, en Côte d’Ivoire en 2003 et au Tchad en 1983 et 1985 pour soutenir Hissène Habré et en 2008 pour soutenir Idriss Déby.

  • Ne pas tomber dans le manichéisme

Dire que tous les maux du continent africain sont dus à un impérialisme des pays les plus riches résulterait d’un manichéisme marxiste qu’il faut nuancer.

Certains présidents africains sont à la tête de pays bénéficiant de nombreuses ressources, que ce soit en or, diamants, coltan (15), cobalt, cuivre et bois. Alors qu’elles pourraient être utilisées pour financer la construction d’infrastructures utiles au développement du pays – on pense notamment aux écoles et aux hôpitaux – elles sont utilisées à des fins personnelles (16). En effet, pour nombre de pays africains, la part du budget consacrée à l’armée est plus importante que celle consacrée à l’éducation et tout le monde sait l’importance des diamants de conflit en Sierra Leone et en RDC ou du bois exotique au Liberia qui ont permis le maintien au pouvoir de leur président respectifs (17). Évidemment, les guerres civiles à l’intérieur même des ces états peuvent en partie s’expliquer par les tracés très géométriques des frontières qui n’ont pas tenu compte des diversités ethniques. C’est pourquoi les élites financières et intellectuelles de ces pays envoient leurs enfants étudier dans les grandes écoles des anciennes métropoles et que ceux-ci ne reviennent que rarement dans leur pays d’origine pour tenter d’y résoudre les différents problèmes.

  • Sortir de la crise

S’il apparaît très difficile de mettre rapidement fin aux crises qui sévissent sur le continent africain, on peut toutefois envisager une ingérence productive des organisations internationales. L’ONU pourrait essayer de pacifier les zones à risques et des organisme comme le FMI, la Banque Mondiale ou l’OMC pourraient gagner en légitimité en dépêchant des experts en gestion de crises et en proposant des aides en nature (18). Si les guerres et le néocolonialisme permettent à quelques uns de s’enrichir, la paix et le codéveloppement, quant à eux, favorisent  un commerce équitable et la prospérité de tous. Mais quel dirigeant d’une puissance mondiale serait prêt à sacrifier ses meilleures industries (et donc son éventuelle réélection) au profit de pays politiquement instables dont les régimes accepteraient de vendre leurs ressources en échange d’une promesse de sécurité ?

(1) A l’exception de quelques états

(2) Nouveau nom des DOM-TOM depuis une loi organique de 2003

(3) La Nouvelle-Calédonie votera un référendum en 2014 pour obtenir son indépendance complète prévue par les accords de Nouméa en 1998

(4) Les revenus issus du tourisme ne compenseraient pas les dépenses liées à l’administration de ces territoires

(5) La France possède une ZEE de 11035000 km² et occupe le deuxième rang mondial en terme de surface maritime derrière les États-Unis : http://fr.wikipedia.org/wiki/ZEE. Elle cherche par ailleurs à l’agrandir depuis 2002 avec la mise en place du projet Extraplac.

(6) Il s’agit du premier gisement d’uranium d’Afrique et du deuxième au niveau mondial.

(7) Si vous souhaitez approfondir cet élément je vous conseille de croiser les données issues de la carte de ce document : http://www.monde-diplomatique.fr/IMG/pdf/continent_convoite_-2.pdf avec la liste des entreprises implantées dans les pays d’Afrique : http://fr.transnationale.org/epays.php

(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_du_tiers_monde

(9) Au FMI, les voix des pays sont pondérées par leur participation financière. La plupart des votes s’effectuent à une majorité qualifiée de 85%. Or États-Unis et Union Européenne disposent chacun de plus de 15% des droits de vote, ce qui leur donne le droit de veto.

(10) S’il n’existait pas de barrières douanières, les produits étrangers seraient largement moins chers que les produits européens ou états-uniens

(11) Je vous invite à lire l’article d’Arnaud Zacharie : http://users.skynet.be/cadtm/pages/francais/cfa.htm

(12) La CIA a assassiné S. Allende et l’a fait remplacer par le Général Pinochet

(13) La région du Biafra recèle les 4/5 de la production pétrolière nigériane

(14) http://www.africafiles.org/article.asp?ID=19700 et http://www.cellulefrancafrique.org/-Dictateurs-amis-de-la-France-.html

(15) Le Coltan est une ressource stratégique car elle sert à la fabrication d’appareils électriques de très haute technologie.

(16) Félix Houphouët-Boigny, ancien président de la Côte d’Ivoire a fait construire à Yamoussoukro, la Basilique Notre-Dame de la paix, plus grand édifice religieux chrétien du monde selon le Guinness des records de 1989. Le coût de sa construction est estimé à 1 milliard de francs de l’époque.

(17) http://joseyav.afrikblog.com/archives/2008/02/06/7847635.html et http://www.30giorni.it/fr/articolo.asp?id=1386

(18) Des aides en nature sont préférables à des aides financière car ces dernières peuvent être détournées.

Barack Obama ; le futur JFK ?

Aujourd’hui, à 18h heure française – soit midi heure locale – Barack Obama deviendra officiellement le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique. Et, bien qu’il ait placé son mandat sous le signe de Lincoln (1) (qui a entre autres aboli l’esclavage), il est plus probable que le nouveau président suive les pas de John Fitzgerald Kennedy (avec tout ce que cela implique).

  • Au commencement :

Outre le fait que tout deux soient diplômés d’Harvard, les deux présidents sont issus du parti démocrate et ont obtenu l’investiture suprême avant l’âge de 50 ans.  Mais ce qui les rapproche le plus est peut-être leur manière de mener la campagne présidentielle. En effet, si Kennedy a inauguré l’entrée dans l’ère de la politique moderne lors du premier débat télévisé entre deux candidats à l’election présidentielle, Obama a quant à lui su utilisé au mieux les médias pour créer une véritable « Obamania » (2) et se faire aimer du peuple américain tout comme l’avait si bien fait JFK en son temps. Ils ont notamment pu accroitre leur côte de « likeability » (3) grâce à leurs capacités à enflammer les foules en prononçant de fameux discours – JFK  a reçu l’investiture devant 80000 personnes 1960 et Obama devant 76000 personnes en 2008  – ou en utilisant des slogans porteurs : « Ne demandez pas ce votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays » (4) pour Kennedy et « Yes we can » d’Obama en référence à la capacité du pays à évoluer.

  • Mandats et crises

Obama est déjà entré dans l’histoire en devenant le premier noir à être élu président mais il pourrait marquer les manuels scolaires en réussissant à juguler plusieurs crises, à l’instar de JFK.

En politique intérieure tout d’abord, Obama devra faire face à la crise économique (en partie due de la crise financière issue des subprimes) et à ses répercussions dans le domaine social. Celles-ci se manifestent par une forte augmentation du chômage, la perte de leur logement par les populations les plus démunies et donc par un accroissement des inégalités qui provoquera une augmentation des violences faites aux minorités ethniques. Il ne serait donc pas surprenant de voir une résurgence des mouvements xénophobes qu’avait fortement combattu Kennedy (qui avait pris lui aussi Lincoln pour modèle). JFK avait d’ailleurs pris le parti de Martin Luther King dans la lutte contre la ségrégation raciale et pour l’obtention des droits civiques. Aujourd’hui, le président est lui même issu d’une minorité (5) et il avait été investi par son parti le 28 aout soit 45 ans jour pour jour après le discours de Martin Luther King « I have a dream ». Les minorités ont donc probablement voté pour Obama dans l’espoir d’être mieux représentées au cas où la crise économique actuelle engendrerait une hausse des agressions qui leur sont faites. Un autre défi pour Barack Obama sera celui de mettre en place une couverture maladie universelle (négociée par H. Clinton) à un moment où de plus en plus de citoyens américains se retrouvent vulnérables (6).

En politique étrangère, le nouveau président aura aussi fort à faire et il est souhaitable qu’il suive les pas de Kennedy qui avait choisi d’agir en faveur de la paix. Celui-ci avait notamment évité un affrontement nucléaire et une troisième guerre mondiale lors de la crise dite des fusées en 1962. Il ne faut pas oublier qu’il avait signé un traité dans le but d’éviter la prolifération nucléaire et qu’il avait œuvré pour un retrait des troupes du Viêt Nam. Aujourd’hui, les enjeux sont les mêmes, mais le contexte a changé. Nous sommes passés d’une système bipolaire à un système multipolaire dans lequel de nombreuses puissances tentent de placer leurs pions sur l’échiquier mondial. On pense entre autres à la Chine qui se positionne en Afrique (7) et à un retour de la Russie au premier plan des relations internationales (8) qui menacent le leadership américain. Tout cela ne doit pas faire oublier que les Etats-Unis sont en guerre en Irak (où un retrait progressif  est prévu car son coût financier y devient trop élevé) et en Afghanistan (où l’on prévoit un redéploiement) et il certain que le nouveau président devra définir rapidement sa politique moyen orientale en vue d’une pacification dans la bande de Gaza et pourquoi pas, on peut l’espérer, une résolution de la question israëlo-palestienne (9). Enfin, on peut signaler que l’environnement, une des nouvelles questions internationales, peut prendre tout son sens pendant le mandat de Barack Obama dans la mesure où il sera nécessaire de trouver un accord avant 2012, date à laquelle prendra fin de le protocole de Kyoto et le mandat du président Obama.

  • Fin ?

Si Obama place son mandat sous le signe de Lincoln, c’est peut-être parce qu’il pense qu’il va être assassiné (10) , il en est allé de même pour Kennedy le 22 novembre 1963, tué par Lee Harvey Oswald. Selon certaines théories, cet assassinat serait le fruit d’une conspiration fomentée par le vice président de Kennedy : Lyndon Johnson, qui fut son successeur. Si nous voulions finir notre parallèle entre JFK et Obama nous chercherions les motivations qui pourraient pousser Joe Biden (11) à assassiner le nouveau président. Nous laisserons ces spéculations aux auteurs de sciences fictions.

(1) cf http://www.mediapart.fr/club/blog/saskia-vidal/190109/obama-passera-t-il-de-lincoln-a-roosevelt

(2) Notamment grâce à David Axelrod, stratège de la campagne d’Obama

(3) http://www.ifri.org/frontDispatcher/ifri/publications/actuelles_de_l_ifri_1197584475485/publi_P_actuelle_elec_us___1197586806627?view=popupActuelle

(4) Extrait du discours inaugural du 20 janvier 1961

(5) Les noirs représentent environ 13% de la population américaine

(6) Aux Etats-Unis, la couverture maladie des individus est surtout assurée par les entreprises dans lesquelles ils travaillent. De fait, quand le chômage augmente, moins de gens sont couverts.

(7) Cf « La Chinafrique » de M. Beuret, S. Michel et P. Woods

(8) Cf le magazine « Diplomatie » n°36 (Janvier-Février 2009) : Le gaz russe et l’Europe : La stratégie Poutine

(9) Nous reviendrons sur cette question dans un prochain billet

(10) Lincoln se fait assassiné par John Wilkes Booth, un partisan sudiste en avril 1865

(11) Joe Biden est le vice président choisi par B. Obama, je vous invite à consulter sa biograhie sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Joe_Biden