Drôle de crise

Sujet désormais quotidien dans les médias, la crise actuelle fait parfois l’objet d’interprétations erronées. En effet, les médias confondent souvent crise financière et crise économique même s’il existe une corrélation forte entre les domaines de la finance et de l’économie. Si le premier est synonyme de bourse et est un moyen d’échanger des capitaux sans aucune transaction matérielle, l’économie repose quant à elle sur une production de biens et services réels. Cette distinction faite, on peut se demander si la crise actuelle est financière ou économique.

  • La folle finance

Puisque ces deux secteurs sont très imbriqués, la réponse n’est pas évidente. Toutefois, on peut rappeler que la crise a commencé dès l’été 2006 (1) avec les « hedge funds » (2), dont on oublie souvent qu’ils sont la base même de la « crise des subprimes ». Pour faire simple, les « hedge funds » sont des organismes qui détiennent collectivement des actifs financiers et qui ont pour but de gagner de l’argent dans le court terme grâce à la spéculation sur des valeurs boursières. Les « subprimes » sont des crédits hypothécaires à  taux variables accordés à des clients peu solvables. Ces crédits ont été transformés en actions très bien cotées par les agences de notation et ont été mises en vente sur le marché boursier : c’est ce qu’on appelle la titrisation. Dès lors les « hedges funds » ont spéculé sur ces nouveaux actifs financiers qui se sont éparpillés et qui ont contaminé ceux qui en bénéficiaient lorsque la bulle a éclaté (3). Ce fut le cas de nombreuses banques et de quelques entreprises. Dès lors, la confiance dans le système financier s’est brisée et les banques manquent désormais de liquidités d’où le recours aux banques centrales qui acceptent de leur prêter de l’argent avec un taux d’intérêt faible. Bien entendu, la bulle était si grosse que les milliards injectés n’ont pas suffi et que les différents chefs d’États ont dû mettre en place des plans de relance et promettre de garantir l’épargne des particuliers. Tout le monde peut donc voir que seule la finance est touchée et que l’économie réelle ne semble pas être affectée, pourtant les tendances actuelles montrent le contraire et les chiffres du chômage grimpent en flèche : Pourquoi ?

  • L’effet boule de neige ?

Les banques, qui manquent de liquidités, n’osent donc plus prêter aux entreprises, surtout quand celles-ci ont un faible capital initial. De fait, de nombreuses PME se retrouvent en difficulté et sont parfois condamnées à la faillite (4). Pourtant, les PME ne sont pas les seules à être touchées, et certaines grandes entreprises semblent à première vue connaître la crise. On peut penser à PSA en France ou General Motors aux États-Unis mais, là encore, les médias font des amalgames. En effet, ces entreprises connaissent une crise structurelle – car leur secteur d’activité est saturé et peine à se renouveler – et non une crise conjoncturelle conséquente de la crise financière. D’autres entreprises, dont les secteurs se portent bien (5), débauchent à tour de bras pour faire face à des anticipations qui se révèlent négatives alors même que les années passées leur ont permis de maximiser leur valeur ajoutée, laquelle a été répartie entre dividendes, salaires et investissements. Dès lors, on peut supposer que ces entreprises ont eu la possibilité d’emmagasiner assez de bénéfices pour surmonter quelques années difficiles. Ou peut-être ont-elles été trop promptes à promettre des dividendes très élevés aux actionnaires ? Ce qui semble plus probable.

  • Une crise calculée ?

Cette question sous-entend que la crise avait été prévue et, pourquoi pas, encouragée. Bien entendu, ceci est une hypothèse fort discutable et très peu probable, mais dont il faut toutefois rendre compte. Pourquoi les entreprises auraient-elles intérêt à licencier ? La « mondialisation » a accentué la compétitivité entre les pays et des nouveaux riches menacent les intérêts des anciennes puissances économiques, c’est ce que représente l’intégration de douze nouveaux pays au G8 pour former le G20. Or, les anciennes puissances sont des pays développés dans lesquels les coûts salariaux et la législation du travail sont plus contraignants que chez les pays qui connaissent le phénomène de rattrapage. Aussi, pour ne pas être distancées, les entreprises de ces pays pourraient avoir intérêt à licencier massivement afin de faire pression sur les salaires lors des embauches qui auront lieu lors de la sortie de crise. Le but serait donc de conserver ou même d’attirer des entreprises prometteuses, quitte à réduire le niveau de vie des populations de ces pays pendant quelques années. Évidemment, cette stratégie est critiquable selon plusieurs points de vue. Tout d’abord, si elle était avérée, elle serait immorale ; ensuite, elle est faillible en termes d’économie puisqu’une population sans emploi ne bénéficie d’aucun revenu à l’exception de prestations sociales et ne peut, par conséquent, pas consommer, ce qui, finalement, ralentirait encore davantage l’économie. Cette hypothèse est, je le répète, fort peu probable, mais il ne faut pas oublier que les entreprises n’ont pas les mêmes visées que les États à qui elles demandent de l’aide alors même que leurs capacités productives ne sont pas fondamentalement menacées. Enfin, comment ne pas conclure sur une note ironique ? Désormais, il faut payer pour travailler ; du moins, c’est ce que montre la mise en place de plans de relance financés par les contribuables (et notamment des particuliers). Est-ce là le nouveau crédo du libéralisme ?

(1) Alors que la plupart des médias la font commencer avec la chute de Lehmann Brothers en septembre 2008

(2) http://www.iep.univ-cezanne.fr/media/ACTeilteche-Hedge_Funds-avril_2008.pdf

(3) Évidemment, la crise est plus complexe que ce qui est présenté ici mais de multiples explications ont déjà été données et je ne veux pas m’appesantir sur ce sujet. Si vous souhaitez davantage d’explications, je vous invite à aller sur http://www.babylon.fr/crise_boursiere/ ou bien de lire le livre de Jacques Attali « La crise, et après ? »

(4) Les paiements se faisant souvent à 90 jours, le temps entre livraison et paiement est parfois difficile à gérer pour ce type d’entreprises.

(5) En effet, certaines entreprises licencient alors même qu’elles tirent encore des bénéfices, quoique moins importants que les années passés.

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2 Réponses

  1. Bon travail, toutes les banques ont annoncé des profits pour l’année 2008, mais s’ils sont en baisse au quatrième trimestre, reste banque populaire et caisses d’épargnes, dont oh surprise l’état souhaite la fusion dans le meilleurs délais. ne pas oublier que celle ci possède Natixis dont le cours de mise en bourse était de 20€ , alors qu’aujourd’hui, le cours est limite de 1 € . tous les clients des banques populaires se sont vu proposé des action de cette banque. Sont bien a plaindre, affaire a suivre dans la semaine qui vient.

  2. Synthese interessante quoi que academique.
    Domage que le dernier chapitre « une crise calculée? » sonne un peu trop « théorie du complot » à mes oreilles.
    Pourquoi aborder cette théorie si c’est pour dire ensuite qu’elle est probablement fausse? Auriez vous peur ou honte d’assumer vos idées?

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